lundi 4 octobre 2010

Avec les Bibliobus, les livres s’ouvrent sur la campagne

Lecture | Depuis 50 ans, les bibliothèques mobiles parcourent le canton. Reportage à Puplinge.

HÉLÈNE MARTINEZ | 28.09.2010 | 00:00

© Olivier Vogelsang | Le Bibliobus, une bibliothèque itinérante dans les communes du canton de genève.

«Lire, un itinéraire sans frontière». Voilà de quoi est estampillé chaque Bibliobus posté devant le dépôt de l’avenue de Châtelaine. Vendredi, il est 14 h lorsque l’un d’eux est sur le point de prendre la route de sa tournée quinzomadaire à Puplinge. Françoise Delapierre, responsable des Bibliobus, et Daniel Masset, bibliothécaire et chauffeur, se préparent pour l’après-midi.

Ici, rien n’est informatisé. On vérifie manuellement les boîtes de commandes, on charge les ouvrages que les Puplingeois ont réservés. Comme dans un poids lourd, Daniel annote le disque qu’il appelle le «mouchard», destiné à contrôler les déplacements et horaires. Dans le même temps, Françoise cale les livres sur les étagères de façon à ce qu’ils restent en place pendant le trajet. La bibliothèque ambulante est fin prête.

Une image d’Epinal
«Les Bibliobus vont à la rencontre des gens au lieu de les attendre. C’est s’inviter chez eux, finalement» suggère Françoise. «Le bus est parfois le dernier lieu d’échange d’un village. C’est un rendez-vous», renchérit Daniel. Force est d’apprécier le lien social qu’appelle le concept d’itinérance.
Uniquement en service dans le centre-ville de Genève auparavant, le Bibliobus s’est plus tard reconverti dans les communes du canton dépourvues de bibliothèques fixes. Ces tournées sont hors du temps. Sur la route de Puplinge, au volant de son autocar, Daniel salue untel ou untel. C’est le passage remarqué d’une institution.

Arrivé sur la place de Puplinge, le bus stationne au pied de l’église. Quelques mamans attendent la sortie des classes. Bientôt vélos et trottinettes viendront s’échouer devant le Bibliobus. Mais pour l’heure, ce sont plutôt les personnes âgées qui le fréquentent, profitant du calme avant la tempête. Dès 16 h 30, ce sera l’agitation dans l’espace confiné. Le public du Bibliobus se compose essentiellement d’«inactifs», retraités, parents au foyer et écoliers. A noter, une majorité de femmes. C’est le défilé de ceux qui ont le temps ou qui le prennent. Signe que l’intérêt pour la lecture ne périclite pas malgré la diversion qu’engendre Internet. Il suffit d’observer toute la ferveur des plus petits, qui animent les 10 mètres carrés du bus, et des plus grands, qui hésitent longuement entre deux BD.

Un lieu de rencontre
Il faut dire que le Bibliobus a de quoi ravir toutes les générations et tous les goûts. Julianne, 10 ans, se réjouit du large choix. Sa maman souligne toute l’importance que les enfants se retrouvent ici, «surtout à l’heure de l’informatique». Nombreux usagers du Bibliobus interrogés justifient l’utilité de cette prestation par le coût trop onéreux des livres et l’encombrement qu’ils représentent au fil des années.

Les bibliothécaires relèvent le vif succès des nouveautés. Les classiques sont stockés au dépôt et ne sortent que sur commande. Dans le bus, aucun ouvrage n’a plus de 5 ans, à l’exception de quelques favoris. Mais les préférences vont aussi aux guides de voyages, livres de cuisine et biographies, souvent plébiscitées par les hommes. Tania vient pour ses filles généralement, mais aujourd’hui, elle emprunte un guide de voyage: «Inutile de l’acheter, quand le voyage sera fini, je n’en aurais plus besoin et je le rendrai.» Le Bibliobus répond aussi à la demande des malvoyants, avec des livres en gros caractères.

Peut-il disparaître?
Les lecteurs sont satisfaits et le font savoir. Dans toutes les bouches, un mot revient: «Indispensable!» Et une crainte: «Qu’il disparaisse.» Une retraitée des Bibliobus continue à les fréquenter en tant que lectrice: «Il ne faudrait surtout pas que ça s’arrête.»

A l’abri de tout projet de suppression, le Bibliobus a néanmoins fait l’objet de discussions en 2009. La Ville de Genève ne souhaitait plus gérer seule ce système. Un partenariat s’est alors mis en place avec les communes, aujourd’hui réunies sous la houlette de l’Association des communes, qui cofinance la précieuse prestation.

Les habitants de Puplinge semblent tenir au Bibliobus, dont Françoise et Daniel jugent la fréquentation satisfaisante. En cette après-midi de septembre, le véhicule n’a pas désempli. «Le simple fait d’être là, et 90% du travail est déjà fait, conclu Daniel. Ensuite, il faut fournir un contenu représentatif de la production actuelle. Il s’agit d’une bibliothèque de plaisir.»


Des lecteurs témoignent
Gilbert, informaticien, et son épouse Denise, employée chez Swisscom, ne voient que des avantages au Bibliobus. Gilbert s’enthousiasme: «Le personnel est supergentil, les sélections sont intéressantes et on a la possibilité de faire des commandes. Chez nous, on ne sait plus où ranger les bouquins. J’aime le contact du livre mais je n’aime pas quand il est décoratif. Je ne conserve pas, je donne. Donc c’est la solution idéale.»

Denise est à la recherche de documents sur la santé pour sa maman. Elle remarque: «Notre fils vient lui aussi avec ses enfants dans une autre commune.»
Brigitte, 56 ans, assistante dans les ressources humaines, est «bouquineuse dévoreuse» depuis qu’elle a appris à lire: «Le Bibliobus? Indispensable!, clame Brigitte. Il me faudrait trois appartements si je devais ranger tout ce que j’ai emprunté ici. Je ne veux plus m’envahir. Sauf certains coups de cœur que j’achète parfois en me disant que celui-ci, je ne veux pas le rater.»
Brigitte poursuit: «Ici, c’est ma succursale. Je suis fidèle. Il ne faudrait surtout pas supprimer le Bibliobus. Lorsque j’arrive vers les seize heures et que je vois des enfants choisissant des BD, je me dis que c’est bon signe.»
(hm)


Chiffres

❚ 1962: premier Bibliobus à Genève.

❚ En 2010, quatre Bibliobus desservent 40 points de stationnement dans le canton. Ils disposent de 40 000 ouvrages, dont près de 4000 par véhicule.

❚ Les bibliothécaires estiment pouvoir répondre à 90% des demandes. En 2009, le Bibliobus a prêté 79 689 documents.

❚ Le budget de la Ville pour les Bibliobus est d’un million de francs par an (acquisition de documents, personnel, entretien des véhicules…), contre 20 millions pour toutes les bibliothèques de la Ville de Genève confondues.

❚ Les Bibliobus font partie des Bibliothèques municipales. L’inscription est gratuite.

❚ Fermeture annuelle de la mi-juillet à la mi-août en raison de l’insupportable chaleur dans les bus.

❚ Les bus déplorent l’absence de WC et d’équipements pour les personnes handicapées.
(hm)

http://www.tdg.ch/geneve/bibliobus-livres-ouvrent-campagne-2010-09-28

Article paru dans le quotidien suisse La Tribune de Genève, le 28-09-2010.

Sting

Un artiste que rien n’arrête

MUSIQUE | Du rock new wave de Police à l’orchestre symphonique: le parcours de Gordon Sumner avant son concert dimanche à l’Arena.

HÉLÈNE MARTINEZ | 25.09.2010 | 05:00

Lordon Sumne, enfant de la banlieue modeste de Newcastle en Angleterre, se fait un jour surnommer «Sting» (en français «dard»). Il ne sait pas encore que ce sobriquet gagné à cause d’un tee-shirt rayé jaune et noir est le présage d’une carrière au sommet. Une guitare prêtée par un oncle qui s’exile au Canada, une sensibilité musicale – don de sa mère, pianiste amateur – et voilà le jeune autodidacte construisant les prémices d’une vie de succès, de records dans les charts du monde entier et autres collaborations artistiques fabuleuses.

1977. Sting joue dans le groupe de fusion jazz Last Exit. Stewart Copeland le repère, se forme alors le groupe The Police et tout s’accélère. Leurs tubes entrent dans la légende. Le bassiste et chanteur du trio est starisé et prendra le large moins de dix ans plus tard. L’album The Dream of the Blue Turtle marque ainsi le début d’un parcours en solo, un quasi-sans-faute. Pour cet opus, l’Englishman s’entoure du saxophoniste Brandford Marsalis et du batteur de Miles Davis, Omar Hakim. Sting prend goût aux participations de musiciens d’exception sur ses albums. Eric Clapton à la guitare et Mino Cinelu aux percussions sur Nothing Like the Sun (1987). En 1999, ce seront Cheb Mami, Don Blackman et James Taylor qui le rejoindront. Cette année, c’est à un orchestre symphonique qu’il fait appel. Une nouvelle lubie, direz-vous. Une de plus. Le chanteur britannique n’a eu de cesse de s’immerger dans de multiples univers musicaux et spirituels, pour chaque fois accoucher d’une nouvelle production. Sans parler des engagements et opinions qui l’animent, sujettes à de nombreux textes. Russians (1985), pour n’en citer qu’une, était une chanson en réaction aux relations américano-soviétiques de la guerre froide. A croire que la Russie a pris la mouche. Le parti d’extrême gauche russe a récemment mis des bâtons dans les roues au chanteur qui se produisait à Saint-Pétersbourg et Moscou dans le cadre de sa tournée. Motif: des commentaires en faveur de la légalisation de la marijuana postés par l’artiste sur son blog. Certes, Sting est un frondeur. Mais toujours pour de nobles causes. Son activisme pour la préservation de la forêt amazonienne aux côtés du chef indien Raoni est notoire. Chaque année en avril, l’humaniste donne un concert caritatif en cette faveur. A noter également, sa participation à la mémorable tournée d’Amnesty International.

Un autre défi

Cet adepte du tantrisme s’est aussi dévoilé dans des œuvres plus intimistes. La perte de ses parents en 1991 lui inspire The Soul Cages, qu’il appréhende comme une thérapie. L’âme sensible et l’esprit ouvert, Sting va jusqu’à explorer le répertoire de la Renaissance élisabéthaine, maniant luth, viole et Moyen anglais dans l’album Songs from the Labyrinth en 2009. C’est aujourd’hui à un tout autre défi qu’il s’attaque avec l’audacieux et néanmoins salué Symphonicities. Un disque et une tournée mondiale pour revisiter les titres emblématiques de l’auteur et de Police, le tout accompagné par le Royal Philharmonic Concert Orchestra dirigé par Steven Mercurio.

Voilà une ambition que ne se refuse pas l’homme de 58 ans. Lui qui avait déjà surpris son public en 2007 avec la reformation de son groupe mythique lors d’une série de concerts à travers le monde, rivalise d’aplomb en 2010. Il offre des versions a priori bouleversantes des illustres Roxanne ou Next to you, avec cette même voix haute perchée. La boucle est bouclée pour ce père de six enfants et époux épanoui de l’actrice Trudie Styler. Son registre pop vient désormais se confronter aux instruments classiques d’une formation prestigieuse pour le plus grand bonheur de ses innombrables fans.

Tantôt acteur pour David Lynch et autres Guy Ritchie, souvent engagé et toujours chanteur, guitariste, bassiste et compositeur, la carrière de Sting n’est plus à faire. Pourtant, la pop star ne manque visiblement pas d’élan.

http://www.tdg.ch/archives/divers/sting-artisteque-rien-arrete-2010-09-25

Article paru dans le quotidien suisse La Tribune de Genève, le 25-09-2010.

Sophie Davant

La «bonne copine»

TÉLÉVISION | Lundi prochain, l’animatrice remplacera Jean-Luc Delarue aux commandes de «Toute une histoire» sur France 2.

HÉLÈNE MARTINEZ | 22.09.2010 | 05:01

La nouvelle est tombée lundi. Sans faire de vagues. Sophie Davant remplacera Jean-Luc Delarue pour une durée indéterminée. Le producteur vient d’être suspendu d’antenne par la direction de France Télévisions suite à son implication dans une histoire de trafic de stupéfiants. L’actualité trouble du directeur de Réservoir Prod arrive comme une ironie du sort pour celle qui déclarait au journal Le Parisien en juin 2010, qu’elle souhaiterait «présenter un talk à la Delarue». C’est chose faite. Elle sera soutenue par son prédécesseur et néanmoins producteur, qui s’associe au choix du groupe. La sympathique présentatrice ajoute ainsi un chapitre à sa carrière sur le service public auquel elle est fidèle depuis plus de vingt ans.

Au sortir de ses études de journalisme à Bordeaux, elle entrait comme stagiaire sur Antenne 2 en 1986. S’ensuivra une évolution réussie. D’abord elle présente la météo dont elle va diriger le service jusqu’en 2006, avant de céder le flambeau à Laurent Romejko. Entre autres choses, Sophie Davant coanime Fort Boyard aux côtés de Patrice Laffont au début des années 1990. Mais ce qui caractérise particulièrement la «bonne copine» du PAF, c’est très certainement son image caritative. Pas de Téléthon sans Sophie Davant, un rendez-vous qui lui est cher et dont elle anime chaque édition. La journaliste est d’ailleurs prête à beaucoup de choses pour la bonne cause, comme poser seins nus dans le magazine Marie-Claire pour une campagne de prévention du cancer du sein.

Sophie Davant fait dans l’humain, son credo, la proximité avec les téléspectateurs. Et c’est ce qu’elle s’attelle à faire chaque matin de semaine depuis douze ans dans son émission C’est au programme, sur France 2. Cette quotidienne, produite par son complice William Leymergie, évoque au gré des chroniques des sujets de culture, santé, société, cuisine, etc. La matinale occupe une satisfaisante part de marché et participe à rendre au public la figure d’une femme à qui l’on s’identifie. Cette mère de deux enfants est un personnage public discret.

«Je me déplace rarement dans les soirées mondaines, je suis en quelque sorte une extraterrestre dans ce milieu», confiait-elle au Parisien. Elle revêt le costume de la quarantenaire moderne, sinon exemplaire. Et rend fier son époux, le journaliste-animateur Pierre Sled qui juge qu’elle «ferait une merveilleuse présentatrice de JT». Pourquoi pas, se diversifier Sophie Davant sait le faire. Au théâtre par exemple, elle fut comédienne à deux reprises en 2005 et 2006 dans des mises en scène de Francis Perrin, à chaque fois diffusées sur France 2 naturellement. Des livres aussi: elle est auteur ou coauteur de quatre ouvrages. A la télévision également, rien ne semble figé pour la pétillante et inaltérable Sophie. Le service public lui fait confiance et elle le lui rend bien. Sa carrière à France Télévisions n’est pas gravée dans le marbre, elle se dit juste insatisfaite par les propositions qu’elle a parfois reçu des autres chaînes. Même si au sein de la maison mère, il y a de temps en temps des discordes.

En 2007, Sophie Davant propose Au-delà sur France 5, un programme sur le thème de la mort et du deuil, qu’elle ne souhaite surtout pas racoleur. Son premier invité est Roland Giraud, il se livre sur l’assassinat de sa fille Géraldine. Malheureusement, la chaîne ne poursuit pas. C’est une grosse déception pour «la vraie gentille», comme la dépeint son acolyte et chroniqueur Damien Thévenot. Mais le sourire de cette incontournable de la deuxième chaîne reste intact. Combative, voyons comment elle se prête au talk-show désormais, exercice qui lui sied bien.

http://www.tdg.ch/archives/divers/sophie-davantla-bonne-copine-2010-09-22

Article paru dans le quotidien suisse La Tribune de Genève, le 22-09-2010.

Les Miaks sont nés à Genève

L’artiste Mia Petitbois dessine des rêves d’enfance en forme de petits personnages.

HELENE MARTINEZ | 21.09.2010 | 05:00

Il y a huit ans, Mia Petitbois étudiait la philosophie à Kyoto, sa ville natale, avant de tout quitter pour exaucer son souhait de devenir cinéaste à Paris. Malgré des journées entières passées dans les salles obscures de la capitale française, ses rêves de réalisation seront court-circuités par une belle rencontre. Celle d’un Genevois qui, lui aussi, a une âme d’artiste. Dès lors, ils partageront leur vie entre Genève et Paris, et prendront ensemble de nouveaux chemins artistiques.

Mia, autodidacte, oscille entre le numérique et le dessin pour créer des formes complexes à partir de figures élémentaires. Cette technique, Mia ne la doit qu’à elle-même, pas d’influence particulière sinon celle de son compagnon qui lui révèle toute la valeur de ses incessantes esquisses. Ses travaux sont le fruit d’une vie commune.

Le couple mène à l’unisson de nombreux projets. Cet automne, il entamera la promotion d’un ouvrage ardu, sorte de manifeste sur la géométrie se déclinant en trois épais tomes (points, lignes et cubes), accompagnés à chaque fois d’un DVD en 3D.

La manie des Miaks

Mia s’échappe un peu de toutes les contraintes de précision que requiert un tel travail en dessinant, toujours. Elle aime à faire apparaître de petits personnages, les Miaks, au hasard de deux cercles et de quatre points, ici et là sur un post-it ou sur le coin d’une nappe en papier.

Ces Miaks ne sont autres qu’elle-même, à l’instar d’une signature. Jusqu’au jour où l’une de ses amies, jeune maman, reconnaît en l’une de ses frimousses celle de son nouveau-né. C’est le déclic.

Encouragée par son conjoint, Mia réalise le potentiel de ces petites créatures aux traits simplistes. Ainsi naît l’idée de les réunir dans un recueil. «Ce livre est comme un catalogue de ce que j’aime faire», confie Mia. Son intérêt pour les motifs et l’ornement ainsi que son univers ouaté donnent vie à un ouvrage poétique pour enfants. Mais l’art contemporain n’est pas loin. Point de narration. Son langage, ce sont les images. Elle les façonne intuitivement, et c’est la juste expression du bonheur – son leitmotiv – qu’elle cherche à capter en gardant une part d’abstraction. Les Petits Miaks sont, selon elle, l’œuvre d’une artiste plus que celle d’une illustratrice.

Enfant toujours

Un livre jeunesse? Pas seulement. La tendresse aquarellée de ces bouilles innocentes séduit de 7 à 77 ans. Les anges ronds de Mia racontent l’histoire que l’on a envie d’imaginer, ressemblent à qui l’on veut bien les identifier. Certes, les gommettes à coller lui confèrent son attrait ludique et participatif. Les tout-petits créent à leur tour. D’ailleurs, de l’enfant ou de l’adulte, c’est peut-être bien le premier qui a imaginé ces êtres singuliers, confesse Mia. Sa maman est enseignante au Japon. Elle collectionne les livres pour enfants, ceci explique cela. «C’est le meilleur cadeau que je puisse lui faire, comme si je réalisais un peu son rêve à elle», dévoile Mia.

La jeune artiste nippone était une petite fille heureuse qui aimait son cocon «tout doux», se souvient-elle, inventait des jeux, rêvait et ne s’ennuyait jamais. On peut soupçonner la jeune femme à l’œil mutin de ne jamais vouloir rompre avec l’enfance. N’a-t-elle pas raison? Une chose est sûre, les créations vaporeuses et édulcorées de Mia ont le don de réveiller l’innocence de tout un chacun. L’artiste se félicite que sa carrière débute ainsi. Et l’histoire des Petits Miaks ne fait que commencer puisqu’un second opus est déjà en marche.


Les Petits Miaks, de jour comme de nuit de Mia Petitbois, Ed. Naïve.

Disponible dès le 27 septembre dans les librairies indépendantes, chez Payot et à la Fnac.

http://www.tdg.ch/archives/divers/miaks-nes-geneve-2010-09-21

Article paru dans le quotidien suisse, La Tribune de Genève, le 21-09-2010.

lundi 14 décembre 2009

tetro de francis ford coppola


Il est de ces livres que l’on referme avec regret tant on serait bien resté avec ses personnages, dans cette ambiance, le long de cette intrigue, à presque vouloir tout de suite le relire. Tetro, est un film de cet acabit, un film qui obnubile, un film qu’on a déjà hâte de revoir. Pourquoi un tel emballement ? Parce que le talent de Francis Ford Coppola. Parce que le charisme de Vincent Gallo. Parce qu’un scénario soigné. Parce qu’une photographie d’une rare beauté. Parce que des interprétations bouleversantes de profondeur. Parce que du Cinéma, du grand.














Un choc, une rencontre
Francis Ford Coppola, dinosaure du cinéma américain s’il en est, signe en 2009, un film pudique, prégnant et introspectif. Il engouffre le spectateur dans une contrée d’Argentine au charme latino-américain archaïque et débridé. C’est dans cette carte postale sépia qu’est venu s’exiler Tetro. Cet homme grognard et mystérieux y a fuit un passé encombrant et y a trouvé l’amour en la belle et gracieuse Miranda ; laissant derrière lui, dix ans plus tôt, son petit frère Bennie. A l’aube de ses dix-huit ans, Bennie s’invite dans la nouvelle vie de son aîné, en quête de son histoire familiale et personnelle, et pour renouer avec celui qui l’a lâchement abandonné sans plus jamais se retourner. Si Miranda montre un chaleureux accueil au jeune et candide Bennie, Tetro se laisse difficilement apprivoiser par celui qui vient inopinément remuer les passages obscurs de sa vie. L’arrivée du jeune garçon réveille les peurs et les blessures enfouies de Tetro, et suscite la curiosité de sa nouvelle famille de cœur qui ignore tout de ses antécédents, à commencer par sa conjointe, son amour inconditionnel et thérapeutique. C’est le début des réminiscences, de la percée de secrets trop lourds à porter, des imbroglios de sentiments. Tetro raconte le choc frontal entre la vigueur de Bennie à se construire une histoire et la résistance obtuse de son frère à réprimer les affres du passé. Francis Ford Coppola traite le sujet de la filiation avec une justesse impeccable et déroutante de sincérité.

Un film placide et éblouissant
Le fond et la forme s’associent pour un rendu lumineux et saturé visuellement percutant en écho à la retenue et à la colère ambiante. La beauté des êtres et leurs tourments sont révélés par un noir et blanc fait d’intenses contrastes. Les jeux de lumières favorisent des blancs aveuglants, et des clair-obscurs saisissants. Coppola met ainsi en scène le présent, et revient sur les souvenirs de Tetro avec des couleurs qui apparaissent écoeurantes, lourdes, renversant habilement les codes. L’imagination de Bennie, les scènes fantasmées du passé, apparaissent comme des images de synthèse en rupture totale avec l’esthétisme alambiqué de l’intrigue. L’imagerie de ce long-métrage relève d’une extrême élégance et d’une nonchalance déroutante. Le réalisme des sentiments est sibyllin, l’émotion justement dosée, et chaque personnage cultive un mystère avec pudeur. Mais en chacun réside une chose imperceptible, vaporeuse et pesante qui plane dans l’air. Les protagonistes, Tetro, Bennie et Miranda, portent à bout de bras cette ambiance haletante et sourde. Vincent Gallo campe un Tetro criant de vérité en écorché vif cyclothymique sous le poids d’un lourd fardeau et du traumatisme. Doué d’une présence sans effets de manches, Alden Ehrenreich remplie avec brio sa tâche de cadet dans ce premier grand rôle de cinéma, il est la jeunesse, la fraîcheur, la fougue. Un physique et une aura hors du temps – qui n’est pas sans rappeler des allures de Marlon Brando – font de lui de lui le miroir subversif de Tetro. Tous deux forment un duo électrique et solaire, que vient tempérer la radieuse Miranda, éponge de leurs vertiges. L’actrice espagnol Maribel Verdù, incarne la fragilité et la poigne avec une féminité ibérique, comme si elle connaissait le secret de l’amour, portant en elle tous les extrêmes de ce sentiment sensible.

Un supplément d’âme
Buenos Aires, son quartier de La Boca, San Telmo sont les décors neutres de cette épopée introspective dont les secrets auraient dû rester à New-York. Et pourtant le retour aux sources n’y est guère que symbolique, la famille de Tetro et Bennie est originaire de la capitale argentine. La boucle est bouclée. L’atmosphère chaloupée de cette Argentine, terre d’accueil de Tetro, rend toute sa dimension indolente et passionnée à la narration. Francis Ford Coppola livre un film inspiré, le choix de l’Argentine, les références culturelles, les univers artistiques contribuent à l’identité singulière de l’oeuvre. En arrière plan, on sait le père de Tetro et Bennie chef d’orchestre de grande renommée, mégalo et malveillant, il semble être l’origine du désordre familial et des troubles qui en résultent. Le rapport à la littérature des deux fils vient comme l’exutoire de ces souffrances. Tetro, écrivain refoulé est devenu éclairagiste dans le théâtre fantaisiste d’un ami. Bennie tient en héritage cette fibre et renoue avec les textes de son aîné jusqu’à monter la pièce de leur histoire. Le théâtre est le refrain de nombreuses symboliques, la scène des démêlés, le leitmotiv de Coppélia, les images désuètes, la danse… Tous les personnages satellites appartiennent à cette caste artistique, avec leurs exubérances et leurs frasques. L’influente critique littéraire Alone, autrefois mentor de Tetro, aujourd’hui son ennemi, caricature d’une diva autoritaire est la figure de l’intelligentsia argentine dans laquelle évolue l’histoire. Sur fond de folie, de névroses, d’expressions artistiques fumeuses, de talents évanouis, d’ombre patriarcale, de fraternité sinueuse, de quête de vérité, se dessine une théâtralité grinçante.

Francis Ford Coppola réalise un film nerveux, d’une classe folle. Les bleus à l’âme et l’hypersensibilité de Tetro, captif d’une histoire hasardeuse, sont subtilement négociés par Vincent Gallo. L’intimité du secret de famille plongé dans une agitation quasi folklorique insuffle au scénario une dramaturgie jubilatoire. Éblouissant au propre comme au figuré, le dernier Coppola est un petit bijou!

H. M.

Sortie le 23 décembre 2009

Drame américain et argentin

Réalisé par Francis Ford Coppola
Avec Vincent Gallo, Alden Ehrenreich, Maribel Verdu, Klaus Maria Brandauer, Carmen Maura, Rodrigo de la Serna, Leticia Bredice, Mike Amigorena, Sofia Castiglione, Érica Rivas.

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the september issue documentaire de r.j. cutler










Avis à toutes les fashionistas et autres inconditionnelles lectrices de Vogue, voilà un documentaire inédit à haute teneur en style. La caméra de R. J. Cutler a accompagné Anna Wintour, la redoutable rédactrice en chef du Vogue U.S. et son équipe, de New-York, à Paris en passant par Rome, dans la préparation du numéro de septembre 2007. Bienvenue dans les backstages de la bible de la mode, aux commandes : une papesse so chic - so hard ! Mais attention, au-delà du glamour, voyez une industrie, une businesswoman.


Ames sensibles s’abstenir, il ne fait pas toujours bon vivre dans les couloirs de Vogue, sauf si la passion et l’art du chiffon hors de prix vous habitent. Il ne faut cependant pas noircir le tableau, Le Diable s’habille en Prada est une fiction.

The September Issue. L’un des numéros les plus attendus de l’année. Celui qui donne le ton de la rentrée et ouvre la saison. C’est dire les enjeux et les pressions qui incombent à la rédaction du Vogue américain, les quelques semaines qui précèdent le bouclage. Et tout cela mené de front par la charismatique Anna Wintour. Celle, qui comme par un effet papillon, fait et défait la mode à l’échelle internationale. R. J. Cutler s’immisce dans cet univers, et c’est d'un œil discret et juste qu’il dévoile la rudesse d’un milieu de beauté et de démesures. L’occasion de dresser les portraits des principaux acteurs de ce cercle fermé. Le réalisateur n’impose aucun axe particulier, ni parti pris dominant, il nous donne à voir naturellement un microcosme fait d’exubérances, d’excès, de paraître et d’une certaine fureur. Il y parvient en étant là, comme un membre de l’équipe en observation, il est le regard extérieur à qui on jette un œil complice. Il est aussi celui qui passe inaperçu, à qui on ne prête pas attention, transparent mais bel et bien présent, à qui rien n’échappe. Ainsi capte-t-il une vérité. Même plusieurs… Un traitement objectif qui familiarise le spectateur avec l’atmosphère, et permet de s’approprier l’inaccessible, la « team » d’Anna Wintour.

Lunettes noires, carré impeccable. De défilé en défilé, de créateur en créateur, de capitale en capitale, Anna Wintour l’imperturbable, scrute, donne son avis – parole d’évangile – décide, tranche, somme ceci, cela avec constance et flegme. The September Issue lève le voile sur un personnage énigmatique et singulier mais ne montre pas pour autant un monstre arbitraire. Même si une once d’autocratie règne dans les bureaux de l’institutionnel Vogue américain ! Anna Wintour est de marbre, sans doute à cause de l’éducation victorienne qu’elle a reçu de son père, lui-même grand journaliste. La carapace est épaisse, même en interview, lorsqu’elle évoque famille et carrière avec sincérité et retenue. Anna n’est pas une affreuse personne. Elle a l’élégance de toujours respecter ses disciples. Intimidante, elle sait se montrer odieuse, peu importe la présence d’une caméra, c’est bien trop naturel chez elle. Pourtant elle se raisonne et le confie. C’est l’occasion aussi pour elle de glisser sa reconnaissance envers ses partenaires professionnels de longue date et de talent. Une preuve qu’elle est humaine. Mais les sourires sont rares, l'humour pince-sans-rire mais la rigueur et l’exigence priment. Il est clair que c’est avec elle-même qu’elle est la plus stricte. Anna Wintour est carriériste, elle s’est imposée dans le monde de la mode sans condescendance mais sans pitié non plus et semble plutôt se satisfaire du rôle qu’elle endosse à la perfection.

Le Yin et le Yang. Elles sont arrivées le même jour de 1988 chez Vogue, Anna Wintour et Grace Coddington, la directrice de création, sont sœurs ennemies et pourtant les meilleures collaboratrices. Dualité et complémentarité les unissent, au-delà d’une complicité en pudeur. C’est sans nul doute le contraste entre ces deux femmes l’élément le plus riche d’intérêt du documentaire. Grace Coddington, ex-mannequin originaire du Pays de Galles fait ses débuts très jeune dans le Vogue anglais, embrassant dès lors une carrière de rédactrice mode. Elle côtoie depuis des décennies les plus grands photographes du monde et œuvre dans la création artistique du Vogue U.S. avec brio. Ce que reconnaît la rédactrice en chef, malgré leurs nombreuses discordes. L’une est une main de fer dans un gant de velours intraitable et parfois cynique et l’autre est spontanée et joviale, passionnée à toute épreuve. La seconde, Grace, apparaît non pas dans l’ombre de sa supérieure mais davantage comme un membre indispensable et respecté de l’équipe. Elle s’impose, faisant parfois fi d’Anna Wintour avec ironie et gentillesse, elle a l’ancienneté pour elle. C’est d’ailleurs l’unique personne qui parle d’Anna avec une totale liberté, sans censure ni pincettes ! Elle est vraie, et sa complicité avec la caméra de R. J. Cutler en témoigne. Elle livre son quotidien de directrice de création à la manne d’une chef pour le moins drastique avec humour et sincérité. Et le réalisateur ne s’y trompe pas, il l’apprivoise et fait de cet éternel second rôle le portrait d’une belle personne, clé de voûte du magazine de mode.

Real life. Anna Wintour n’est pas que despotique, la marchande de glamour et de luxe serait même philantrope. Celle qui défend la jeune création, soutient particulièrement Thakoon Panichgul, créateur de mode qui doit en partie sa réputation grandissante à la rédactrice en chef de Vogue. Anna Wintour reste fidèle à son image de caractère et de réussite et affiche sans complexe sa force de décision. A contrario, ce sont ses enfants sa véritable faiblesse, comme le seul élément absolu qui pourrait pour une raison ou une autre la freiner. Ce documentaire montre le triomphe de la femme moderne à son paroxysme, un symbole, un extrême aussi. Il est réjouissant de voir Anna Wintour, la mère dans un moment d’intimité chez elle avec sa fille, de saisir quelques confidences, de pénétrer l’arrière du décor sans jamais briser la glace. Réjouissant également de croiser Mario Testino, Jean-Paul Gauthier dans son atelier parisien, Andre Leon Talley sur un cour de tennis tout de Louis Vuitton vêtu …! Il s’agit là d’un vrai métier, aussi difficile que futile, celui de vendre du rêve. C’est la réalité de Vogue.

Un documentaire piquant et bien amené qui fait du spectateur un VIP, l’emmène dans la nébuleuse de Vogue et le conduit à comprendre les hautes sphères de la mode à travers ceux qui la décident et la font vivre. Amen.

H. M.

Sortie Dvd le 10 janvier 2010
Documentaire de R.J. Cutler

Avec Anna Wintour, Grace Coddington, Thakoon Panichgul et Andre Leon Talley

Sélection officielle Deauville 2009 - Festival de Cinéma Américain
Official selection 2008 Sundance Film Festival

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le petit fugitif, début du cinéma indépendant américain et prémice de la nouvelle vague

Engel, Ashley et Orkin sont entrés dans l’histoire du cinéma avec la réalisation, en 1953, du film Le petit fugitif. Devenant les pionniers du cinéma indépendant américain, ils ouvrent la marche à John Cassavetes qui sera le représentant de cette lignée de cinéastes affranchis, outre-Atlantique. Le petit Fugitif vaut à ses réalisateurs une nomination aux Oscars pour le « meilleur scénario » et reçoit le Lion d’argent à Venise l’année de sa sortie et – fait historique – partage cette récompense avec Les Contes de la lune vague après la pluie de Kenji Mizoguchi sans qu’aucun Lion d’or ne soit remis cette année-là. Le film sur lequel si peu ne comptait, reçoit finalement un accueil chaleureux du public, et les faveurs de la profession. Il sera un exemple et une influence pour la génération de la Nouvelle Vague.



Le petit fugitif
est une clé de l’histoire du cinéma (indépendant) et pour cause, plus d’un demi-siècle après sa création, malgré le poids de son influence sur bon nombre de chefs d’œuvre, notamment dans la filmographie des Français Jean-Luc Godard ou François Truffaut, ce film conserve une contemporanéité immuable. Le scénario simpliste est largement enrichi par un traitement enlevé. Dans le Brooklyn des années 1950, le jeune Lennie se doit de surveiller son petit frère Joey âgé de sept ans, le temps d’un week-end pendant lequel leur mère rend visite à leur grand-mère souffrante. Joey est difficilement intégré aux jeux de son aîné et de ses amis, qui éprouvent un certain plaisir à se railler de lui. Jusqu’à une ultime plaisanterie qui amènera Joey à croire qu’il a tué son frère en s’essayant au tir à la carabine. Pris de panique, il s’enfuit emportant le pécule qui leur était destiné pour les deux jours et commence alors une errance singulière dans le parc d’attractions new-yorkais de Coney Island. Cette fugue laisse Lennie inquiet et à son tour coupable, qui prostré dans leur appartement attend le retour de son petit frère. Averti par le tenancier d’un manège de poney, il part sur sa trace dans Coney Island, à la recherche d’une aiguille dans une botte de foin.

Ces faits ne sont que le point de départ de la flânerie de Joey au beau milieu d’un rêve, celui de n’importe quel enfant. Livré à lui-même, il porte sur son visage une culpabilité telle qu’il n’a plus rien à perdre, l’enfant crédule se perd alors dans les méandres de l’immensité du divertissement et de l’opulence. À l’instar d’un voyage initiatique, Joey tente tout, goûte à tout avec excès et appétence. En arrière plan de son aventure, on observe à hauteur de ses yeux, les autres enfants entourés de leur famille dans des scènes de vie banales qui sont tant d’images d’Epinal du modèle américain de l’époque. La foule frémissante qui encercle le petit Joey ne fait alors que révéler cet indicible sentiment de solitude qui l’accable. Ce cadre éducatif lacunaire le pousse à un vagabondage irraisonné, qui s’impose comme une métaphore à l’idée que l’éducation inculque les limites nécessaires à un comportement équilibré et non à une liberté précoce, insouciante et destructrice. Le petit Joey est à la fois téméraire et candide. Son regard fringuant et son allure de cow-boy, pistolet en plastique en bandoulière, contrastent avec une mine joufflue et attitude malhabile, infantile. Le regard de Joey tantôt émerveillé et étourdi par les manèges, les jeux, le spectacle des badauds, tantôt apeuré, affolé par une situation déroutante illustre son malaise entre rêverie et abandon.

Les déambulations frénétiques de l’enfant relèvent d’une certaine abstraction où toute expression figurative n’est pas à prendre à brûle pourpoint. L’errance à travers Coney Island s’avère être le noyau du film, noyau que l’on effeuille au rythme des tribulations de ce petit fugitif. L’œuvre du trio Engel, Orkin et Ashley fait la promesse d’une poésie. Une poésie en prose qui ne se suffit pas à conter l’épopée d’un enfant qui, malmené par des plus grands, se croit coupable du meurtre de son frère et engage une fugue étourdissante dans un parc d’attractions. C’est l’image sépia d’un vrai-faux petit fugitif, dont chaque expression est d’un réalisme bluffant – ses visions oniriques de Coney Island, sa perte haletante – qui opèrent comme des effets poétiques dilués et ne rendent grâce qu’à l’expérience pure. Non seulement le symbole du fugitif incarné par l’enfance et toutes ses spécificités est insolite, mais le traitement y est fraîchement amené, subtil et drôle.

Le petit fugitif n’a pas pour seul intérêt d’être un monument du cinéma. Il a pour lui de faire la représentation douce-amère que peu importe le but, c’est le chemin qui compte. L’expérience en somme, celle d’un gamin saisissant à qui tout échappe, absorbé par l’atmosphère exaltante du Coney Island des années 1950.

H. M.

Disponible en DVD

Cinéma indépendant américain

Réalisé en 1953 par Ray ASHLEY, Morris ENGEL et Ruth ORKIN
Scénario : Ray ASHLEY
Avec Richie ANDRUSCO, Richie BREWSTER, Winnifred CUSHING