lundi 14 décembre 2009

"fellini, la grande parade" au jeu de paume

Un aparté dans l’univers de Federico Fellini, l’homme, le cinéaste, le témoin d’une époque, tel est le moment passé au Jeu de Paume, au cœur d’une exposition dédié à ce génie italien. « Fellini, la Grande Parade », un mythe, un beau programme aussi…



Immersion étourdissante
De bout en bout l’exposition met le visiteur en éveil, suscite son attention l’emmenant sur le chemin d’une compréhension claire et exhaustive de l’œuvre de Fellini et de sa personnalité. Un regard est subtilement porté sur ce maître du cinéma italien avec le parti pris de s’affranchir de toute chronologie, proposant le plus simplement une lecture interactive de la création de Fellini. L’expographie est fluide et épurée laissant toute sa valeur à l’information transmise par des sélections de photographies, de dessins, des revues de presse, d’entretiens, d’extraits de films, de bouts d’essai, de notes explicatives, d’anecdotes… L’attention du visiteur est sans arrêt sollicitée par les vidéos diffusées en boucle dont la bande sonore se met en marche inopinément, créant des effets de surprise des plus originaux et délectables, lorsque que surgit une séquence de La Dolce Vita pour le plus grand plaisir de l’assistance. Le parcours s’articule autour de quatre grandes séquences : Fellini et la culture populaire, Fellini à l’œuvre, La Cité des Femmes… et la place de l’homme et enfin Fellini ou l’invention biographique. Nombreux documents exposés ici sont inédits et offrent au public le privilège d’explorer les coulisses de qui fut un tournant pour le cinéma, avec une approche de la psychologie de Fellini, insaisissable et charismatique. L’aura sinon l’âme de Fellini y est prégnante.


Un hommage dûment rendu
L’exposition se construit à l’image de ce que fut le cinéma de Fellini, hors de toute rigueur narrative, dans une abstraction sensible où la déconstruction du récit conditionne l’énergie créatrice, on saisit la manière dont il a repensé le Septième art. Et cela au gré de thématiques comme des touches de couleurs parsemées : le music-hall et le cirque, la caricature ou les romans-photos, les monstres marins ou le rock’n’roll, la reconstitution du réel à Cinecittà, la femme dans toute sa polymorphie, l’ambiguïté de son sentiment religieux, la réalité à l’épreuve de l’imagination, la psychanalyse et les rêves, son rapport aux médias, son attrait pour la presse illustrées, sa répulsion de la télévision, son dédain de la publicité, son amitié avec Marcello Mastroianni, ect. Tout relève d’une certaine contemporanéité dans son art, il fut le témoin et l’acteur d’une époque, construisant sans la savoir un héritage important pour l’histoire du cinéma avec des chefs d’œuvre comme La Strada, La Dolce Vita, 8 ½, expressément illustrés. Néoréaliste à ses débuts, le réalisateur se dédouane de tout courant, et échafaude avec une liberté de ton, une œuvre personnelle dont la toile de fond demeure une réflexion sur la création artistique puisée dans l’inconscient, le rêve, l’enfance. L’imaginaire s’entrelace au réel; les faits-divers, l’actualité inspirent le réalisateur. Fellini a érigé un mythe, marquant son cinéma de l’empreinte du grotesque et de l’extravagance dont émane la classe, la poésie et le folklore italiens. C’est sous le poids d’une carrière consacrée, celle d’un auteur remercié par la profession pour avoir écrit les belles pages du cinéma du XXe siècle et révélé des icônes – Marcello Mastroianni, son double cinématographique, Giulietta Masina, son épouse, Anita Ekberg, etc. – que Federico Fellini entre dans l’histoire avec l’élégance discrète des grands.

Le Jeu de Paume signe un hommage de qualité rendant possible une immersion dans la sphère de Fellini, composée d’archives comme des flashbacks et de pistes de compréhension de ce en quoi tient l’omnipotence fellinienne. Une exposition opérante par sa lecture pittoresque, qui dans une notion déliée de l’espace-temps, interpelle cinéphiles et curieux au gré d’un « laboratoire visuel ».


H. M.

Tutto Fellini : « Fellini, La Grande Parade »

Commissaire de l'exposition : Sam Stourdzé

Du 20 octobre 2009 au 17 janvier 2010

Horaires :

Mardi (nocturne) : 12h - 21h
Mercredi au vendredi : 12h - 19h

Samedi et dimanche : 10h - 19h

Fermeture le lundi


Renseignements :
01 47 03 12 50

Jeu de Paume — Concorde

1, place de la Concorde

75008 Paris

Métro Concorde (lignes 1, 8, 12)


www.jeudepaume.org

La rétrospective de la Cinémathèque française, qui a débuté le 21 octobre, présentera l’intégralité des œuvres réalisées par Fellini ainsi que la plupart des films à l’écriture desquels il a participé.

La cinémathèque française
51, rue de Bercy
75012 Paris

Informations 01 71 19 33 33

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